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Ouganda : tension politique avant la présidentielle, armée et Internet sous contrôle

©Newsoftogo-(Lomé, le 14 janvier 2026)-À moins de 48 heures de l’élection présidentielle en Ouganda, le pays retient son souffle. La capitale Kampala est non seulement placée sous haute surveillance militaire mais l’internet mobile est temporairement suspendu. Une mesure exceptionnelle que le gouvernement justifie par la nécessité de prévenir la désinformation, la fraude électorale et les appels à la violence, mais qui est vivement critiquée par l’opposition et les organisations de défense des libertés publiques.

Cette montée de tension intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Le président sortant, Yoweri Museveni, âgé de 81 ans, est candidat à un septième mandat. Au pouvoir depuis 1986, il dirige l’Ouganda depuis près de quarante ans, ce qui fait de lui l’un des chefs d’État les plus anciens du continent africain.

Face à lui, son principal adversaire est Bobi Wine, 43 ans, ancien chanteur de reggae devenu figure emblématique de l’opposition. Très populaire auprès des jeunes et des classes urbaines, notamment à Kampala, Bobi Wine incarne l’espoir d’un renouvellement politique pour une large frange de la population. Six autres candidats sont également en lice, mais la confrontation entre Museveni et Wine concentre l’essentiel de l’attention.

Des enjeux sociaux et économiques majeurs

Près de 22 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dans ce scrutin décisif. Pour de nombreux citoyens, les priorités sont claires : création d’emplois, lutte contre la pauvreté et amélioration des conditions de vie. Après quatre décennies de gouvernance Museveni, une partie de la population exprime un profond désir de changement, notamment parmi les jeunes, qui représentent une majorité démographique mais font face à un chômage élevé.

Lors de la présidentielle de 2021, Bobi Wine avait obtenu 35 % des suffrages, contre 58 % pour Yoweri Museveni. Il s’agissait alors du score le plus faible jamais enregistré par le président sortant depuis son arrivée au pouvoir. Depuis cette échéance, l’opposant affirme avoir renforcé sa base électorale, en particulier dans la capitale et dans l’est du pays, multipliant les rassemblements malgré les risques de répression et de violences.

Une armée omniprésente et des inquiétudes persistantes

De son côté, Yoweri Museveni conserve un soutien solide dans le nord et l’ouest du pays, des régions historiquement favorables à son parti. L’influence croissante de son fils, Muhoozi Kainerugaba, général quatre étoiles et figure clé de l’armée ougandaise, alimente cependant les inquiétudes. De nombreux observateurs redoutent une possible succession dynastique, ce que le pouvoir dément officiellement.

Les autorités assurent que le déploiement massif de l’armée à Kampala et dans d’autres zones sensibles vise uniquement à prévenir les violences électorales et à garantir la sécurité des électeurs. Mais pour l’opposition, ces mesures traduisent une volonté de museler toute contestation et de restreindre la liberté d’expression, notamment à travers la limitation de l’accès à Internet, outil central de mobilisation politique.

Une élection sous haute surveillance internationale

Dans les rues de Kampala, la tension est palpable. Boutiques fermées par précaution, circulation réduite, présence accrue des forces de sécurité : la capitale vit au rythme de cette élection cruciale. De nombreux observateurs internationaux suivent de près le déroulement du scrutin, conscients que son issue pourrait avoir des répercussions majeures sur la stabilité politique du pays et sur l’image démocratique de l’Ouganda.

À l’approche du vote, une question demeure centrale : l’élection marquera-t-elle la continuité d’un pouvoir solidement ancré depuis des décennies, ou ouvrira-t-elle la voie à un tournant politique longtemps attendu par une partie de la population ougandaise ?

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