
©Newsoftogo-(Lomé, le 11 juin 2026)-Le Togo a porté sa voix sur la scène internationale lors du Forum 2026 de la Banque mondiale consacré aux fragilités, aux conflits et à la prévention des crises. Réunie à Washington autour des enjeux sécuritaires qui secouent le Sahel et leurs répercussions sur l’Afrique de l’Ouest, cette rencontre de haut niveau a offert à la ministre, Secrétaire générale de la Présidence du Conseil, Sandra Ablamba Johnson, l’occasion de présenter l’expérience togolaise en matière de prévention de l’extrémisme violent et de renforcement de la résilience des communautés.
Intervenant au cours du panel intitulé « Soutenir la prévention dans les pays à risque : leçons tirées du Sahel », la représentante du Togo a défendu une vision fondée sur l’anticipation des crises plutôt que sur la seule gestion de leurs conséquences. Une approche qui trouve un écho particulier dans un contexte régional marqué par la persistance des menaces terroristes et l’instabilité croissante dans plusieurs pays du Sahel.
Le Sahel, épicentre des préoccupations régionales
Au cœur des discussions, les défis sécuritaires auxquels fait face le Sahel ont une nouvelle fois occupé une place centrale. Considérée comme l’une des régions les plus vulnérables du continent, cette zone est confrontée depuis plusieurs années à l’expansion des groupes armés, aux déplacements de populations, à la fragilisation des institutions publiques et à l’aggravation des crises humanitaires.
Pour les participants au forum, les conséquences de cette instabilité dépassent largement les frontières sahéliennes et affectent progressivement l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Le Togo, dont la région des Savanes est exposée depuis 2022 aux incursions de groupes extrémistes, figure parmi les pays qui ont choisi de miser sur une stratégie préventive afin d’éviter l’enracinement de ces menaces sur leur territoire.
Des financements orientés vers la prévention
Les échanges ont permis de mettre en évidence l’évolution des mécanismes internationaux de financement destinés aux États fragiles.
Le vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, a notamment expliqué que l’Association internationale de développement (IDA) privilégie désormais une approche proactive. L’objectif est d’intervenir avant que les crises ne dégénèrent, en soutenant rapidement les services essentiels tels que l’éducation, la santé ou encore l’insertion socioéconomique des jeunes.
Selon lui, maintenir les écoles ouvertes, garantir l’accès aux soins et offrir des perspectives aux populations vulnérables constitue un moyen efficace de prévenir les fractures sociales susceptibles d’alimenter l’instabilité.
Dans la même dynamique, le ministre mauritanien des Affaires économiques et du Développement, Abdellah S. Cheikh Sidiya, a souligné l’importance des investissements dans les infrastructures de base. Pour lui, la construction de routes, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et le développement des marchés locaux représentent des réponses concrètes aux sentiments d’abandon souvent exploités par les groupes armés pour recruter de nouveaux adeptes.
Gouvernance et confiance citoyenne, piliers de la stabilité
Au-delà des aspects économiques, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance locale et le dialogue entre les populations et les institutions publiques.
Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Leonardo Santos Simão, a rappelé qu’aucune stratégie sécuritaire ne peut produire des résultats durables sans la confiance des citoyens envers l’État.
Selon lui, le dialogue inclusif, l’accès à la justice, la participation communautaire et la bonne gouvernance constituent les fondements indispensables d’une paix durable.
Le chercheur Bakary Sambe, de l’Institut Timbuktu, a pour sa part attiré l’attention sur l’importance de la bataille des idées face à l’extrémisme violent. Il a estimé que les organisations radicales prospèrent souvent dans les espaces où les jeunes manquent de perspectives crédibles et de modèles d’avenir.
L’expérience togolaise mise en avant
C’est précisément sur cette complémentarité entre sécurité, développement et cohésion sociale que repose la stratégie adoptée par le Togo dans la région des Savanes.
Devant les participants au forum, Sandra Ablamba Johnson a présenté les principaux axes de cette approche qui s’articule autour de trois piliers essentiels.
Le premier concerne le renforcement de la sécurité et de la présence de l’État à travers notamment l’opération Koundjoaré. Cette initiative ne se limite pas aux interventions militaires. Elle vise également à garantir le retour et le maintien des services publics dans les localités concernées, notamment les établissements scolaires, les centres de santé et les administrations de proximité.
Le deuxième pilier repose sur le développement communautaire et la résilience économique. À travers divers programmes d’infrastructures, d’électrification rurale, d’accès à l’eau potable ainsi que des projets destinés à l’autonomisation des femmes et des jeunes, le gouvernement entend réduire les facteurs de vulnérabilité susceptibles de favoriser l’extrémisme.
Enfin, le troisième axe concerne la coopération régionale. Conscient du caractère transfrontalier de la menace terroriste, le Togo participe activement aux mécanismes de concertation et de coordination sécuritaire, notamment dans le cadre de l’Accord d’Accra et de la collaboration renforcée avec le Burkina Faso, le Ghana et le Bénin.
Prévenir pour éviter le coût des crises
La participation du Togo à ce forum international traduit la volonté des autorités de partager une expérience fondée sur l’anticipation des risques et l’investissement dans le capital humain.
À Washington, le message porté par Sandra Ablamba Johnson a été sans équivoque : les coûts liés à la prévention demeurent largement inférieurs à ceux engendrés par les conflits armés, les déplacements massifs de populations, la déscolarisation des enfants ou encore la destruction des infrastructures.
Cette stratégie exige cependant une mobilisation permanente des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, des collectivités locales ainsi que des communautés elles-mêmes.
Les acteurs locaux, premiers remparts contre la fragilité
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé parmi les participants : la lutte contre les fragilités ne se résume pas aux seules réponses militaires ou aux financements internationaux.
Les véritables remparts contre l’instabilité demeurent les acteurs du quotidien : les autorités locales qui maintiennent les services publics opérationnels, les leaders communautaires qui favorisent le dialogue, les enseignants qui poursuivent leur mission malgré les difficultés et les familles qui protègent la jeunesse contre les discours extrémistes.
À travers son intervention, Sandra Ablamba Johnson a ainsi plaidé en faveur d’une approche collective, inclusive et durable de la prévention. Une vision qui place les populations au cœur des solutions et qui, selon le Togo, constitue l’une des réponses les plus efficaces pour faire face aux défis sécuritaires auxquels l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui confrontée.