
©Newsoftogo-(Kara, le 28 septembre 2026)-La ville de Kara et plusieurs localités environnantes s’apprêtent à bénéficier d’un important renforcement de leurs infrastructures d’alimentation en eau potable. Porté par la Société de Patrimoine Eau et Assainissement en milieux Urbain et Semi-Urbain (SP-EAU), le Projet d’Alimentation en Eau Potable (AEP) vise à sécuriser durablement la ressource, accroître les capacités de production et améliorer la continuité du service dans une région confrontée à des insuffisances, particulièrement en période de saison sèche. Les travaux ont été lancés ce lundi 28 septembre 2026 à Kara par le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’assainissement, Séna Alipui.
D’un coût total estimé à 27 milliards de francs CFA, le projet bénéficie d’un financement conjoint de la Banque islamique de développement (BID) et du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe (FKDEA), avec une contribution du Gouvernement togolais. Il devrait bénéficier directement à quelque 200 000 personnes, tandis que ses retombées indirectes concerneraient l’ensemble de la région de la Kara, qui compte plus d’un million d’habitants.
La SP-EAU, un acteur central du patrimoine hydraulique public
Créée en 2011 dans le cadre de la réforme du sous-secteur de l’eau et de l’assainissement collectif engagée par le Gouvernement togolais en 2009, la SP-EAU est chargée de la gestion et du développement du patrimoine de l’État dans le domaine de l’alimentation en eau potable et de l’assainissement collectif des eaux usées domestiques.
L’institution assure notamment la planification des investissements, la réalisation des études, la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre, ainsi que la recherche et la mobilisation des financements nécessaires à la réalisation des infrastructures.
Elle assure également, pour le compte de l’autorité délégante, le contrôle de l’activité des opérateurs chargés de l’exploitation du service public de l’eau potable, conformément aux dispositions légales. La SP-EAU intervient enfin dans le remboursement du service de la dette du sous-secteur de l’eau potable en milieux urbain et semi-urbain.
Dans cette organisation, la Société Togolaise des Eaux (TdE S.A.) assure l’exploitation du service public, tandis que la SP-EAU porte les investissements structurants destinés à développer et à préserver le patrimoine hydraulique public.
Kara face à des besoins croissants
Le projet AEP Kara et ses environs répond à une problématique structurelle du système d’alimentation en eau potable de la région.
Le dispositif existant, mis en service depuis plusieurs décennies, est aujourd’hui fortement sollicité et présente des insuffisances en matière de production et de sécurisation de la ressource. Cette situation devient particulièrement préoccupante durant la saison sèche, période au cours de laquelle les apports disponibles peuvent diminuer sensiblement.
Les études réalisées dans le cadre du projet ont notamment mis en évidence l’insuffisance des ressources disponibles en période d’étiage ainsi que la nécessité de disposer de capacités de stockage suffisantes. L’objectif est de pouvoir mobiliser l’eau durant les périodes favorables afin de constituer des réserves capables de compenser les déficits observés pendant la saison sèche.
C’est dans cette perspective que le financement complémentaire de la BID vient renforcer le dispositif initial soutenu par le Fonds koweïtien.
Un projet qui couvre plusieurs localités
L’intervention s’étend à plusieurs territoires de la région de la Kara. Elle concerne notamment les communes d’Assoli 1, Assoli 2, Kozah 1 et Kozah 3, ainsi que les villes de Kara et Bafilo et plusieurs localités environnantes, parmi lesquelles Bouladè, Djamdè, Awandjélo, Atchangbadè et Soumbou.
Le financement du projet est estimé à 27 milliards de francs CFA. La BID apporte une contribution de 15 milliards de francs CFA, tandis que le FKDEA intervient à hauteur de 12 milliards de francs CFA. Le Gouvernement togolais contribue pour sa part à hauteur de 1,48 milliard de francs CFA.
De la rivière Sara aux ménages : toute la chaîne de l’eau renforcée
Le projet repose sur une approche intégrée couvrant l’ensemble de la chaîne d’alimentation en eau potable, depuis la mobilisation de la ressource jusqu’à sa distribution aux usagers.
L’eau brute sera notamment captée à partir des ressources identifiées, dont la rivière Sara, puis stockée afin de constituer des réserves mobilisables en période de déficit. Elle sera ensuite acheminée vers les stations de traitement, où elle sera rendue conforme aux exigences de qualité avant d’être transférée vers les réservoirs et les différents secteurs de distribution.
Le projet prévoit ainsi des interventions sur le captage, le stockage, le pompage, le traitement, l’adduction et la distribution, mais également sur la réhabilitation et l’extension des réseaux existants.
Une première phase soutenue par le Fonds koweïtien
Dans le cadre de la première phase financée par le Fonds koweïtien, plusieurs ouvrages sont prévus.
Il s’agit notamment de l’aménagement d’ouvrages de captage sur la rivière Sara, pour une capacité de 500 m³ par heure, ainsi que de la pose d’une conduite d’adduction sur 4,7 kilomètres entre le captage de Sara et la station de traitement.
Le projet prévoit également la construction et l’équipement d’une nouvelle station de traitement d’eau d’une capacité d’environ 10 000 m³ par jour.
Une conduite d’eau potable d’environ 26 kilomètres reliera la station de traitement au réservoir situé au sud de Kara. Le dispositif comprend également la réhabilitation de la station de traitement de Bafilo et la construction d’un château d’eau d’une capacité de 5 000 m³ à Kara Sud.
Dans cette même phase, quelque 25 kilomètres de réseau de distribution seront réalisés dans le sud de Kara, avec des conduites dont les diamètres varieront de 75 à 250 millimètres. Le programme prévoit également 100 branchements privés domestiques et la construction de 20 bornes-fontaines.
La BID renforce le dispositif avec des ouvrages complémentaires
Le financement de la Banque islamique de développement vient compléter cette première phase à travers la réalisation de plusieurs infrastructures structurantes.
Parmi celles-ci figurent la construction d’un captage d’eau brute au niveau de la station ST5 ainsi que la conduite reliant cette source à la station de traitement.
Le projet prévoit également la construction d’une retenue d’eau brute d’une capacité supérieure à 5 millions de m³, destinée à renforcer la sécurisation de la ressource.
Une station de pompage sera construite et reliée à la station de traitement par environ 10 kilomètres de conduite de refoulement. Quelque 30 kilomètres de conduites de distribution d’eau seront également réalisés.
Les réseaux d’approvisionnement en eau des villes de Bafilo et Kara, ainsi que des zones environnantes, feront par ailleurs l’objet d’une réhabilitation et d’une extension sur environ 25 kilomètres.
Dans la commune d’Assoli 2, le projet prévoit un système complet d’alimentation en eau comprenant le pompage, les conduites de refoulement, un château d’eau et les réseaux de distribution.
L’accès aux ouvrages de Sara sera également amélioré grâce à la construction d’une piste de 2,5 kilomètres et d’un ouvrage de franchissement.
Enfin, 1 300 kits de branchement seront acquis au profit de la TdE.
Cinq composantes pour assurer la durabilité du projet
Au-delà de la construction des infrastructures, le projet repose sur cinq composantes destinées à garantir sa pérennité.
La première porte sur le développement des infrastructures d’approvisionnement en eau, avec pour objectif d’accroître l’accès aux services d’eau potable dans les zones ciblées.
La deuxième concerne les services de conseil, notamment les études, l’assistance technique, la préparation des dossiers et la supervision des travaux.
La troisième est consacrée à l’appui institutionnel, à la gestion du projet et au renforcement des capacités. Elle vise notamment à renforcer les compétences des acteurs, à améliorer les outils de gestion des actifs et à accompagner la communication autour du projet.
Une quatrième composante est dédiée à l’audit financier, afin d’assurer un contrôle indépendant des états financiers du projet.
Enfin, un mécanisme de réponse d’urgence en cas de contingence est prévu. Il doit permettre de mobiliser certaines ressources du projet en cas de catastrophe, de pandémie ou d’inondation majeure.
Au-delà des infrastructures, sécuriser un service essentiel
L’ambition du Projet AEP Kara et ses environs dépasse ainsi la seule construction de nouveaux ouvrages. Il s’agit de renforcer durablement le patrimoine hydraulique public et de consolider l’ensemble du système d’alimentation en eau potable.
L’augmentation des capacités de production, l’amélioration du stockage, la modernisation des ouvrages et l’extension des réseaux devraient contribuer à renforcer la disponibilité de l’eau potable et la continuité du service dans les zones concernées.
Pour les ménages, l’enjeu est celui d’un accès plus régulier à une ressource indispensable à la vie quotidienne. Pour les collectivités, le renforcement des infrastructures doit permettre d’accompagner la croissance des territoires et l’évolution des besoins des populations.
Pour le secteur de l’eau, l’investissement constitue surtout un moyen de renforcer la résilience du système face aux contraintes liées à la disponibilité de la ressource, notamment durant les périodes d’étiage.
À travers ce projet, l’enjeu n’est donc pas seulement de construire de nouveaux ouvrages, mais de consolider les infrastructures existantes, d’anticiper l’évolution des besoins et de bâtir un système d’alimentation en eau potable plus sécurisé et durable pour Kara et les localités environnantes.