
©Newsoftogo-(Lomé, le 13 octobre 2026)-La surcharge des poids lourds constitue une menace pour la durabilité des infrastructures routières au Togo. Alors que d’importants investissements sont engagés pour construire, réhabiliter et moderniser les routes nationales, le contrôle de la charge à l’essieu apparaît comme un dispositif essentiel pour préserver ces ouvrages et renforcer la sécurité routière. À travers les postes de pesage, la Société autonome de financement de l’entretien routier (SAFER) participe à l’application du Règlement n° 14 de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui encadre le poids, le gabarit et la charge des véhicules lourds de transport de marchandises.
Des infrastructures coûteuses à préserver
Le réseau routier togolais connaît des transformations importantes, avec des travaux de construction, de réhabilitation et de désenclavement engagés sur plusieurs axes du territoire. Parmi les chantiers évoqués figurent les tronçons Aouda-Sokodé, Sokodé-Tchamba-Kaboli-frontière béninoise, Sokodé-Bassar et Sokodé-Bafilo-Kara, ainsi que la reconstruction de ponts sur plusieurs cours d’eau, notamment l’Anié, la Kara et la Kéran.
Ces investissements mobilisent des ressources financières considérables. Leur rentabilité dépend toutefois de la capacité des pouvoirs publics à assurer un entretien régulier et à prévenir les dégradations prématurées. Or, les véhicules en surcharge exercent des contraintes excessives sur les chaussées, accélérant leur détérioration et augmentant les besoins de réparation.
Le contrôle de la charge à l’essieu s’inscrit donc dans une logique de protection du patrimoine routier. Il vise à faire respecter les limites réglementaires de chargement des poids lourds, afin de réduire les dommages causés aux infrastructures et de prolonger leur durée de vie.
Trois postes de pesage pour encadrer le trafic des poids lourds
Le dispositif de contrôle repose notamment sur le poste de Djéréhouyé, situé sur la route nationale n° 1, à la sortie nord d’Atakpamé, ainsi que sur celui de Tsévié, également implanté sur la RN1, à proximité de Lomé et de son port autonome, principale porte d’entrée de nombreuses marchandises transportées par voie routière.
Un troisième poste est annoncé en construction à Mango, dans la région des Savanes, à proximité du péage. L’objectif est de renforcer le contrôle des véhicules lourds qui empruntent les axes routiers du pays, notamment le corridor reliant Lomé à Cinkassé.
Ces installations ne sont pas conçues comme de simples points de perception de recettes. Elles constituent avant tout des instruments d’application de la réglementation communautaire relative aux poids lourds. La SAFER précise d’ailleurs que ses postes de pesage fonctionnent en continu, avec des équipes chargées des opérations techniques de contrôle.
Dans les coulisses du contrôle à Djéréhouyé
Au poste de Djéréhouyé, le contrôle suit une procédure destinée à vérifier la conformité du véhicule et de son chargement. À l’approche du site, une signalisation informe les conducteurs de l’obligation de se soumettre au pesage. Des éléments de la Division de la sécurité routière contribuent également au maintien de l’ordre et à la discipline.
Selon les explications du chef de poste, le conducteur doit d’abord présenter les documents requis, notamment la carte grise et le permis de conduire, avant de répondre aux questions relatives au chargement et à la destination du camion. Le véhicule est ensuite dirigé vers le pont-bascule, où les données sont enregistrées et analysées par le système de pesage.
L’équipement permet de déterminer la répartition du chargement sur les essieux et de vérifier les poids réglementaires applicables, dont le poids total autorisé en charge (PTAC). Lorsque le véhicule est conforme, une fiche de pesée lui est délivrée pour lui permettre de poursuivre son trajet.
En revanche, lorsqu’une surcharge est constatée, le transporteur s’expose aux sanctions prévues par la réglementation. Selon le responsable du poste, les modalités de traitement varient notamment en fonction de l’importance de l’excédent et de la nature du transport, national ou international. Dans certains cas, le délestage de la marchandise excédentaire et le recours à un autre camion sont nécessaires avant toute autorisation de départ.
Pour les cargaisons en transit, les opérations peuvent occasionner des délais supplémentaires, notamment lorsqu’il faut organiser le transfert des marchandises et leur acheminement dans les conditions prévues par la procédure de contrôle.
Le Règlement 14 de l’UEMOA, un cadre contraignant
Adopté le 16 décembre 2005 à Bamako, le Règlement n° 14/2005/CM/UEMOA vise à harmoniser, dans les États membres, les normes et les procédures de contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises. Il définit les limites autorisées et prévoit des sanctions en cas d’infraction.
Son article 14 impose notamment à l’exploitant d’un véhicule non conforme de corriger la situation avant sa remise en circulation. Le paiement d’une amende ne dispense donc pas du délestage de lamarchandise excédentaire ou du réaménagement du chargement.
Les frais de déchargement, d’entreposage, de gardiennage et de rechargement sont à la charge de l’exploitant du véhicule. Le règlement prévoit également des amendes de 20 000 francs CFA par tonne excédentaire pour le transport national et de 60 000 francs CFA pour le transport international, selon les modalités applicables aux infractions concernées.
Le texte prévoit par ailleurs des sanctions en cas de refus délibéré de passer sur le pont-bascule ou le pèse-essieu. Le respect des contrôles ne relève donc pas d’une simple recommandation : il s’agit d’une obligation réglementaire destinée à protéger les infrastructures et à garantir des conditions de circulation conformes aux normes communautaires.
La SAFER, un acteur du financement et de la préservation routière
La SAFER a pour mission de mobiliser les ressources nécessaires au financement de l’entretien du réseau routier national. Ses ressources proviennent notamment des droits perçus aux postes de péage, des droits d’accise sur les produits pétroliers et d’une partie de la taxe sur les véhicules à moteur reversée par l’Office togolais des recettes (OTR).
Il convient toutefois de distinguer cette mission de financement de l’entretien routier de celle des postes de pesage. Ces derniers ne constituent pas, en eux-mêmes, des sources de revenus pour la SAFER : ils servent principalement à faire appliquer les règles relatives au chargement des véhicules lourds.
La sensibilisation des transporteurs et des autres acteurs de la chaîne logistique constitue, dans ce contexte, un complément indispensable au contrôle. La faitière des chargeurs du Togo est également appelée à jouer un rôle dans la diffusion des bonnes pratiques et le respect des limites de chargement.
La surcharge, un risque pour les routes et les usagers
Les conséquences de la surcharge dépassent la seule dégradation des chaussées. Elle peut également compromettre la stabilité du véhicule, solliciter excessivement les pneumatiques et les systèmes de freinage et accroître les risques d’accident. Elle représente ainsi un enjeu à la fois économique et sécuritaire.
Pour les pouvoirs publics, les réparations prématurées provoquées par des chargements excessifs constituent une charge supplémentaire sur des ressources déjà sollicitées par les besoins d’entretien et d’extension du réseau. Pour les transporteurs, le respect des normes contribue à limiter les risques d’immobilisation, les sanctions et les retards d’acheminement.
La direction de la SAFER appelle donc les transporteurs nationaux et ceux en transit à se conformer aux dispositions en vigueur. La visite du poste de Djéréhouyé par les médias s’inscrit dans cette démarche de sensibilisation, en donnant à voir le fonctionnement du dispositif et les obligations des usagers.
Une responsabilité partagée
La préservation des routes ne peut reposer exclusivement sur l’action de l’État ou des services de contrôle. Elle suppose également l’engagement des transporteurs, des chargeurs, des exploitants de plateformes logistiques et de l’ensemble des acteurs intervenant dans le transport de marchandises.
Respecter les limites de chargement, se soumettre au pesage et corriger toute non-conformité sont autant de gestes qui contribuent à la protection des infrastructures et à la sécurité collective.
Alors que le Togo poursuit ses investissements routiers, l’efficacité des postes de pesage dépendra de la régularité des contrôles, de l’application effective des sanctions prévues et de la sensibilisation des professionnels. Car construire une route représente un investissement majeur ; la préserver exige, dans la durée, une discipline collective et le respect des règles établies.