
©Newsoftogo-(Lomé, le 19 septembre 2020)-Les épisodes se suivent et vont de rebondissements en rebondissements. Cette affaire défraie la chronique depuis des mois déjà au Togo et embrouille l’esprit de ceux qui cherchent à comprendre la réalité des faits. Tellement les témoignages sont aussi contradictoires les uns que les autres et la matérialité des faits est difficile à obtenir.
Depuis des semaines nous menions des investigations pour connaître de ce dossier très grave lié aux viols, séquestrations, manipulations et viol. Car l’accusé ne laisse personne indifférent au regard de ses accointances avec le Chef de l’État, Faure Gnassingbé.
Midodji Amoussou plus connu sous le surnom de Papson Moutité est un artiste de la chanson et également patron d’une ONG de charité au nom de « Chantre Mou ». Déposé il y a 6 mois en prison pour les faits énumérés ci-dessus, il avait recouvré quelques semaines plus tard une liberté provisoire pour des raisons de santé. Ce qui a défrayé la chronique, la justice étant accusée de faire du deux poids deux mesures. D’ailleurs une association « Non c’est Non » créée dans la foulée, s’était indignée de cette libération soudaine.
Le dossier médical de Papson dont nous avions reçu copie lors des investigations, démontre que l’intéressé souffre des troubles de comportements. Ce certificat médical délivré au CHU Sylvanus Olympio de Lomé par le médecin Éric Bélei note que Moutité a des réactions intempestives, de troubles de mémoire qui laissent entrevoir non seulement des oublis mais aussi des comportements qui peuvent être violents. C’est ainsi que depuis 12 ans, il subit un suivi psychiatrique avec des prises au quotidien de médicaments pour stabiliser son état de santé, recouvrer sa mémoire et lui permettre de contrôler ses réactions. Une source affirme d’ailleurs que son suivi psychiatrique est une « instruction personnelle » du Président togolais.
Quid alors des différentes plaintes en cours ?
Le 07 septembre dernier dans une longue lettre à Faure Gnassingbé, Papson Chantre Moutite évoquait la théorie du complot dans les différentes plaintes des filles qui l’avaient conduit devant le procureur jusqu’à son dépôt en prison. Il tablait sur son innocence et mettait au défi quiconque d’apporter les preuves des graves allégations portées contre sa personne sur les ondes de Kanal Fm. Il va jusqu’à dire que les gens lui en voulaient non seulement pour ses rapports avec le Chef de l’État, mais parce qu’on veut le faire taire, le dénigrer et le salir pour ses actions caritatives et ses nombreux contrats avec ses partenaires internationaux.
Dans les accusations des filles dont Edwige Obiang et Théodora Buabé, il est question de « séquestration, de bastonnade des filles et de parents des filles, de viol jusqu’au sang, de balancement de nude », des faits, s’ils sont avérés, sont punis par le code pénal togolais à 10 ans de réclusion. Voilà pourquoi, ce dossier dont dit le procureur, qu’il est en cours et n’est pas clos, doit s’ouvrir rapidement pour situer les responsabilités et démêler le vrai du faux. Au Togo tous savent ce qu’est la justice. Ces graves accusations ne peuvent donc restées en l’état car d’une part, elles doivent servir d’exemple et rendre justice aux filles accusatrices, et d’autre part laver l’honneur de Papson Moutité si ces accusations ne sont que des affabulations ou issues d’un complot comme l’affirme l’accusé. D’ailleurs ce dernier y voit la main de certains artistes, de hauts gradés de l’armée, des hommes de pouvoir et de journalistes.
Un coup de fil au palais de justice nous a permis de constater que le 16 septembre dernier, trois plaintes ont été déposées par les avocats de l’artiste contre le journal « Le Perroquet » dont les unes et les contenus portaient les mêmes accusations que les filles. Les deux autres plaintes sont adressées aux deux filles susmentionnées.
Dans tout cet imbroglio, se pose une question fondamentale. Quelles enquêtes avaient poussé le Procureur général de la république à délivrer un mandat de dépôt à l’époque? Si l’enquête était sérieuse et les faits avérés, même avec un certificat médical, Papson Moutité ne devrait pas recouvrer la liberté. Car existe un centre hospitalier appelé Cabanon dans lequel on soigne des prisonniers malades.
Il apparaît donc urgent compte tenu des plaintes des deux camps, qu’une enquête sérieuse soit diligentée pour connaître de cette affaire. Elle ne peut rester en l’état. Les deux parties devraient fournir les preuves de leurs accusations (en cas de viol de filles qui connaissent déjà le sexe, il est difficile d’en apporter les preuves) mais dès lors qu’il y aurait séquestration, vol, manipulation, bastonnade, l’enquête peut les révéler. Et Papson Moutité (il reconnaît dans sa lettre avoir ordonné qu’une fille soit battue), qui atteste disposer de nombreuses preuves qui le disculpent doit saisir l’occasion du jugement pour être blanchi.
Les investigations se poursuivent et approcheront les deux camps pour en connaître davantage afin de tirer les conclusions qui s’imposent. À la justice dès lors de faire son travail en toute impartialité.
Anani Sossou